Monsieur le Préfet,

Alors que l’État multiplie depuis une semaine les annonces contradictoires dans le contexte du renouvellement des conseils municipaux, je me permets de vous adresser cette lettre ouverte pour vous faire part de l’incompréhension et du désarroi moral qui troublent légitimement nombre d’élu•e•s locaux•ales et de citoyen•ne•s.

Sans reprendre le terme de « mascarade » employé par une ancienne Ministre de la santé, comment comprendre le maintien du premier tour des élections municipales alors que le président de la République annonçait 60 heures plus tôt des mesures fortes de distanciation sociale, alors que le Premier ministre annonçait 12 heures plus tôt la fermeture de la très grande majorité des lieux recevant du public et alors que le président de la République annonçait 24 heures plus tard le confinement général et le report du second tour ?

L’évolution prévisible de l’épidémie ne pouvait alors être ignorée tout comme les décisions courageuses qu’il aurait fallu prendre pour réduire les risques de contamination au maximum et protéger la santé du plus grand nombre. En décidant contre toute évidence de maintenir le premier tour des élections municipales, l’État a condamné les candidat•e•s à se rendre complices d’un choix irresponsable car ils ne pouvaient faire autrement que d’inviter leurs concitoyen•ne•s à aller voter. Les témoignages glaçants (cités par la presse quotidienne régionale) d’électeur•rice•s diagnostiqué•e•s ensuite positif•ve•s au coronavirus ne peuvent que conforter celles et ceux, très majoritaires, qui ont décidé de s’abstenir.

Ce faisant, l’État a pris la responsabilité d’accélérer la crise sanitaire et de la doubler d’une crise démocratique : comment en effet se satisfaire qu’un Maire ait pu être élu par une très nette minorité d’inscrit•e•s quand la très large majorité s’est réfugiée dans l’abstention ? Sans revenir sur l’absence de campagne officielle qui a empêché un débat démocratique pourtant indispensable, l’État a failli en maintenant un scrutin dont les conditions matérielles ne permettaient pas le déroulement serein et sécurisé.

Les conséquences de ce choix irresponsable et incompréhensible ne s’arrêtent cependant pas là. Alors que l’État impose, avec raison, le respect le plus strict des règles d’un confinement qui sera certainement prolongé, les élu•e•s désigné•e•s lors du demi-scrutin du 15 mars doivent se réunir. Nous devrions être les premiers à donner l’exemple et nous nous préparons à faire le contraire de ce qui est demandé à nos concitoyen•ne•s ! Sans compter là encore l’inégalité de traitement pour toutes celles et tous ceux qui sont considéré•e•s comme des personnes à risques : en toute logique, ils•elles devraient donc refuser de participer à ce moment pourtant important. Avec la dissociation du premier et du second tour, nous allons en outre devoir élire un exécutif communautaire provisoire, introduisant une claire inéquité pour les élu•e•s qui seront désigné•e•s en juin ou après et déstabilisant des services mis déjà à rude épreuve pour gérer la crise sanitaire. Comme beaucoup l’ont rappelé, on ne change pas d’armée en pleine bataille !

Tous les projets étant provisoirement stoppés, la seule priorité aujourd’hui pour les élu•e•s locaux•ales est la gestion de l’épidémie, de ses conséquences économiques pour nos entreprises et sociales pour les vulnérables. Nous voulons faire confiance aux équipes déjà en place pour faire le nécessaire et nous demandons par conséquent, pour des raisons de santé, d’exemplarité et d’équité, que l’État prenne la mesure de ses responsabilités et permette que toutes les réunions (conseils municipaux et communautaires, commissions…) soient reprogrammées après la levée du confinement.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de ma très haute considération.

Simon Uzenat

Conseiller municipal et communautaire de Vannes

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